À Paris : Abdou Mbow charge le régime Diomaye-Sonko et annonce une contre-offensive

En visite auprès de la Diaspora sénégalaise en France, le député et porte-parole adjoint de l’Alliance pour la République (APR), Abdou Mbow, a livré une déclaration offensive, teintée de nostalgie, de reconnaissance et de combat. Dans un discours enflammé, il a défendu le legs de Macky Sall, fustigé le pouvoir actuel qu’il juge liberticide, et lancé un appel à la remobilisation des troupes en vue de 2029. Accusant le régime en place de mener une répression brutale, visant à dompter la presse, vassaliser la magistrature et faire taire toute voix discordante, le député de Thiès a également dénoncé « les scandales à répétition de l’ASER au Port autonome de Dakar en passant par l’ONAS », qui secouent l’administration actuelle, tout en alertant sur une guerre larvée entre le président Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko, susceptible selon lui de dégénérer en une crise institutionnelle majeure, voire en crise de régime.
La rencontre n’avait rien d’un simple échange de courtoisie. C’est une véritable offensive politique qu’a menée, hier à Paris, Abdou Mbow, député et porte-parole adjoint de l’APR, auprès de la communauté sénégalaise. Aux côtés de figures notoires du parti comme les anciens ministres Seydou Guèye et Cheikh Mbacké, l’ancien proche collaborateur du président Macky Sall a prononcé une longue déclaration à la fois chaleureuse, revendicative, et combative, retraçant l’itinéraire glorieux de l’APR tout en fustigeant avec vigueur le régime de Bassirou Diomaye Faye. Un discours d’un peu plus de trente minutes, mais au verbe ferme, aux accents historiques, et résolument tourné vers une reconquête du pouvoir.
Une adresse empreinte d’émotion et de fidélité
D’entrée de jeu, Abdou Mbow a situé le cadre : “Je suis venu échanger avec vous, dans la pure tradition de notre grand Parti”. L’orateur s’est présenté non pas comme une figure centrale, mais comme “un parmi les dizaines” qui ont accompagné Macky Sall dès les premières heures de la création de l’Alliance pour la République. Ce rappel de l’acte fondateur du parti, le 1er décembre 2008, n’était pas anodin. Il s’agissait d’évoquer la longue marche vers le pouvoir, et d’asseoir une légitimité militante dans un contexte où le parti peine à se recomposer après sa défaite de mars 2024.
Le député n’a pas tari d’éloges à l’endroit de la Diaspora, et plus particulièrement celle vivant en France. Il a salué leur rôle historique dans la création, l’ancrage et le rayonnement de l’APR : “Notre mémoire collective retient, pour toujours, que c’est d’ici, de cette Diaspora, que le Président Macky Sall avait lancé, en janvier 2009, le début des activités de notre Parti”. Plus loin, il insiste : “Notre Parti vous doit beaucoup”. Et d’égrener les moments clés de l’engagement des Sénégalais de l’extérieur, de la participation au paiement de la caution de Macky Sall pour la présidentielle de 2012, à leur basculement massif en faveur de l’APR, considéré comme la première victoire du parti.
Macky Sall et la Diaspora : un legs à valoriser
Dans la logique de la reconnaissance, Abdou Mbow a longuement défendu l’héritage de Macky Sall vis-à-vis des Sénégalais de l’extérieur. Il a insisté sur la “place centrale” que l’ancien chef de l’État leur avait réservée dans ses politiques publiques. “Le Président Macky Sall a fait pour la Diaspora ce qu’aucun de ses prédécesseurs n’a pu ou su faire”, a-t-il soutenu, rappelant des dispositifs comme le FAISE et la DER/FJ, ou encore l’allocation de près de 13 milliards FCFA pour la Diaspora pendant la pandémie de COVID-19.
Mais plus qu’un simple catalogue de réalisations, Abdou Mbow a voulu ériger la Diaspora au rang de levier stratégique de transformation nationale. “La Diaspora est à la fois ambassadrice et la traduction la plus aboutie du patriotisme”, a-t-il affirmé, soulignant le rôle de locomotive économique de ces millions de Sénégalais vivant à l’étranger. Il a rappelé que l’APR avait élevé la Diaspora au rang symbolique de “15e région du Sénégal” et insisté sur son poids politique désormais reconnu, à travers sa présence dans toutes les institutions : Gouvernement, Haut Conseil des Collectivités Territoriales, Conseil économique, social et environnemental et à l’Assemblée nationale.
Une charge virulente contre le pouvoir en place
Après le registre affectif et historique, Abdou Mbow a basculé dans un ton nettement plus belliqueux. C’est un tableau noir du Sénégal actuel qu’il a brossé. À l’en croire, le pays vit une “des périodes les plus sombres de son histoire”. Il a accusé le régime en place d’avoir “fait faillite”, évoquant une gouvernance marquée par l’incompétence, l’effondrement des secteurs sociaux de base et une crise économique larvée. “La santé est malade, l’école oubliée, l’économie bloquée, notre diplomatie trahie”, a-t-il martelé, avec une litanie de griefs qui rappelle les grandes heures de l’opposition d’antan.
Mais plus grave encore, selon Mbow, le pouvoir serait en train de basculer vers une dictature. Il a dénoncé la “volonté d’installer au Sénégal une violente dictature”, en s’attaquant à la liberté de la presse, à l’indépendance de la justice, et aux voix discordantes. Il a cité plusieurs figures arrêtées ou persécutées, dont des activistes, des chroniqueurs et des responsables de l’APR. “Le pouvoir tente de masquer son incompétence par la répression”, a-t-il accusé.
Parmi les cibles de cette “persécution politique”, Abdou Mbow cite des proches de Macky Sall : Farba Ngom, Mansour Faye, Sophie Gladima, Ndèye Saly Diop ou encore Moustapha Diop. Il dénonce un acharnement visant à “décapiter notre Parti” et à “ensevelir nos magnifiques réalisations”. Le ton est grave, le propos incisif, et le message clair : l’APR est dans le viseur, et la démocratie sénégalaise, selon lui, vacille.
Une volonté de remobilisation et une perspective claire : 2029
Face à ce qu’il considère comme une “crise de régime” alimentée par la rivalité sourde entre le président Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko, Abdou Mbow appelle à la résistance, à la reconstruction et à la mobilisation. Il évoque le FDR (Front pour la Démocratie et la République), coalition d’opposition en gestation, comme l’un des vecteurs de cette riposte. Il laisse entendre que l’APR, loin de se replier, prépare la contre-offensive.
L’opération de reconquête est ainsi baptisée : “OR”, pour “Opération de Reconquête”. Elle vise clairement l’échéance présidentielle de 2029. “En 2029, la violente parenthèse du Pastef sera définitivement fermée”, a lancé Mbow sous les applaudissements. Il croit dur comme fer en la victoire future et mise, une fois de plus, sur la Diaspora comme fer de lance de ce combat.
Le discours se termine comme il a commencé : sur une note d’optimisme militant, teintée d’un appel à la foi dans le projet républicain porté par l’APR. “Pour cette grande perspective, nous sommes sûrs que la magnifique et vaillante Diaspora, plus que par le passé, saura tirer son épingle du jeu au palmarès des meilleurs !”
Un discours de clarification politique et d’offensive idéologique
Par cette sortie musclée, Abdou Mbow cherche à relancer l’APR, désormais à l’opposition, dans un contexte post-électoral difficile. En revenant à la source, en invoquant la mémoire des débuts et le rôle déterminant de la Diaspora, il vise à resouder les troupes autour du legs de Macky Sall et à préparer la bataille politique de demain. Il s’agit pour lui de réaffirmer l’identité du parti, de défendre son bilan face à ce qu’il considère comme une entreprise de démolition symbolique et judiciaire menée par le pouvoir.
La tonalité de son discours, très offensive, marque une rupture avec la retenue observée jusqu’ici par certains responsables de l’ancien régime. En assumant une posture d’opposant ferme, il repositionne l’APR comme un acteur central du débat politique, bien décidé à ne pas disparaître du paysage. La critique du pouvoir en place, accusé de dérives autoritaires, de crises institutionnelles internes et de faillite économique, fait office de point d’ancrage d’un récit alternatif, que l’APR veut désormais imposer dans l’espace public.
Mais au-delà de la dénonciation, Abdou Mbow mise sur l’adhésion. Il cherche à réveiller la ferveur militante, notamment en exil. La Diaspora est appelée à rejouer son rôle d’éclaireur et de catalyseur du changement, comme en 2012. En cela, le discours de Paris n’est pas seulement un rappel nostalgique, mais aussi un manifeste stratégique pour la suite.
Sidy Djimby NDAO
Correspondant permanent en France











