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Aser-Aee Power : Thierno Alassane Sall en mission commando à Madrid sur les traces des 37 milliards du projet

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Dans un geste inédit, Thierno Alassane Sall, président de la République des Valeurs et député à l’Assemblée nationale, s’est rendu en Espagne, au siège de la Banque Santander à Madrid ainsi qu’au Congrès des députés espagnol, pour enquêter sur la destination d’une avance de 37 milliards FCFA versée dans le cadre d’un marché de 91 milliards pour l’électrification rurale au Sénégal. Dans un post publié sur ses réseaux sociaux, images à l’appui, Thierno Alassane Sall accuse le régime en place de fuir ses responsabilités sur l’affaire Aser-Aee Power, dénonce le silence du gouvernement et entend faire de cette affaire un symbole du nécessaire sursaut éthique dans la gestion des deniers publics.

Aser-Aee Power - Thierno Alassane Sall en mission commando à Madrid sur les traces des 37 milliards du projet

Aser-Aee Power – Thierno Alassane Sall en mission commando à Madrid sur les traces des 37 milliards du projet

Il fallait oser. Thierno Alassane Sall, ancien ministre, député à l’Assemblée nationale et président du mouvement République des Valeurs, a posé un acte politique fort en se rendant à Madrid, capitale espagnole, devant deux institutions symboliques : le siège mondial de la Banque Santander, à Boadilla del Monte, et le Congrès des députés, chambre basse du Parlement espagnol. Un périple engagé, illustré par deux photos publiées sur ses réseaux sociaux, qui relance avec vigueur l’affaire des 37 milliards FCFA décaissés dans des conditions troubles pour un projet d’électrification rurale au Sénégal.

« Je poursuis les investigations pour qu’il soit dit à quoi cet argent a servi. Ou qui en a bénéficié », écrit-il dans un message accompagné de ces images. Devant le bâtiment ultra-sécurisé de la Ciudad Financiera Santander, Thierno Alassane Sall affiche sa détermination. Plus qu’un simple déplacement, il s’agit d’un acte d’enquête politique, technique et éthique, dans un dossier où le gouvernement sénégalais se mure, selon lui, dans le silence.

Le projet en cause concerne un programme d’électrification de 1 500 villages, attribué pour 91 milliards FCFA à la société AEE Power EPC et financé en partie par un prêt structuré par la banque espagnole Santander, avec garantie de l’agence publique CESCE. Une première avance de 37,7 milliards FCFA a été versée pour lancer les travaux. Mais depuis, ni traçabilité des fonds, ni avancée notable sur le terrain, ni réponse claire aux nombreuses interpellations parlementaires.

Thierno Alassane Sall affirme avoir posé des questions écrites au gouvernement, restées lettre morte. Devant ce mutisme, il a décidé d’aller lui-même à la source. Devant la Banque Santander, il cherche à comprendre les conditions de versement de l’avance, à qui elle a été transférée précisément, et surtout si la banque elle-même s’est interrogée sur l’usage des fonds. À travers sa visite au Congrès des députés, il soulève aussi la dimension interparlementaire de la question, appelant à la coopération entre représentants élus des deux pays dans les affaires de transparence financière et de bonne gouvernance.

Cette posture est inédite dans l’histoire politique récente du Sénégal : un député sénégalais qui engage une mission d’enquête personnelle à l’étranger, dans le cadre de sa fonction de contrôle. Et le symbole est fort : pendant que l’État sénégalais reste muet, c’est un parlementaire de l’opposition qui se rend sur les lieux du montage financier, rappelant que les élus ne doivent pas être de simples spectateurs.

L’affaire a déjà connu plusieurs épisodes judiciaires. En octobre 2024, l’ARCOP avait suspendu le marché après des doutes sur la régularité des garanties financières fournies par l’entreprise adjudicataire. En février 2025, la Cour suprême a levé cette suspension, relançant la procédure, sans pour autant lever les nombreuses zones d’ombre. Des transferts suspects vers Chypre, l’Égypte et le Sénégal ont été évoqués. La banque Santander, de son côté, avait recommandé une pause du financement en attendant des clarifications, puis a appelé à une médiation entre les parties.

Mais ce que Thierno Alassane Sall pointe avec insistance, c’est le décalage criant entre le discours politique actuel – notamment le slogan gouvernemental « Jub, Jubbal, Jubbanti » placardé dans les rues – et la pratique institutionnelle, marquée par l’opacité, l’absence de redevabilité et le refus d’assumer les actes du passé.

Sa démarche s’inscrit dans une cohérence politique assumée. Ministre démissionnaire en 2017 pour avoir refusé de parapher un contrat pétrolier opaque avec Total, il incarne depuis lors une forme de rigueur morale dans un paysage politique souvent miné par la compromission. En allant sur place à Madrid, il renforce cette image d’un homme politique qui ne se contente pas de dénoncer depuis son bureau, mais qui agit, même symboliquement, là où se prennent les décisions, là où circulent les fonds.

Le message est aussi adressé à la jeunesse sénégalaise : il est possible de revendiquer un autre rapport au pouvoir, aux institutions, à la vérité. Dans une période où les attentes autour du duo Diomaye/Sonko sont immenses, cette affaire devient un test grandeur nature de la promesse de rupture. Le silence sur les 37 milliards pourrait à terme entacher la crédibilité de tout un discours basé sur l’éthique et la gouvernance vertueuse.

Si le gouvernement n’a rien à cacher, il devrait pouvoir rendre publiques les pièces du dossier, expliquer les conditions de décaissement, l’identité des bénéficiaires, et surtout le sort des fonds. Laisser un député faire le déplacement à Madrid pour obtenir des réponses que l’Exécutif refuse de donner chez lui, c’est fragiliser l’image du Sénégal sur la scène internationale, et ouvrir la voie à des pressions diplomatiques ou judiciaires extérieures.

Thierno Alassane Sall a pris date. Sa démarche, à défaut d’apporter immédiatement des réponses, pose des questions que le pouvoir ne pourra pas éternellement esquiver. Et elle pourrait bien inspirer d’autres parlementaires, journalistes ou militants à reprendre le flambeau. Car à défaut de Jubbal, il faudra tôt ou tard Jubbanti. « […]Mais, tôt ou tard, la lumière sera faite », a fait savoir l’ancien ministre.

Mouhamed BADJI

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