Politique

Casamance : un soldat tué lors d’une opération contre des champs de cannabis

Sécurité au Sahel : les casques bleus sénégalais se retirent du Mali à l’approche de la fermeture de la Minusma
Un militaire de l'armée sénégalaise (illustration)

Un militaire sénégalais a été tué et six autres blessés lors d’une opération menée par l’armée contre des plantations illégales de cannabis dans la région de Casamance. L’affrontement, survenu dans la zone de Kadialock près de la frontière gambienne, rappelle que malgré les efforts de pacification engagés ces derniers mois, la situation sécuritaire dans le sud du Sénégal demeure fragile.

Selon un communiqué des forces armées sénégalaises, l’incident s’est produit mercredi lors d’une mission visant à détruire des champs de cannabis dans cette zone frontalière réputée pour ses activités illicites. Les soldats ont été pris à partie par un groupe d’individus armés, entraînant un échange de tirs. Le premier bilan fait état d’un militaire tué et de six autres blessés. L’armée indique également que certains assaillants auraient été neutralisés au cours de l’affrontement.

La victime a été identifiée comme le soldat Nfally Sonko. Sur le réseau social X, le journaliste et éditorialiste Madiambal Diagne lui a rendu hommage dans un message accompagné de la photo du militaire. « Hommage à Nfally Sonko, jeune militaire tué par le MFDC le 12 mars 2026 dans la zone de Sindian. Six autres de ses camarades sont blessés au combat », a-t-il écrit, estimant que « le MFDC ne saurait être un sujet tabou pour le régime Pastef ». Dans le même message, Madiambal Diagne a également interpellé les autorités, estimant que « les plus hautes autorités de l’État continuent de faire le dos rond » face à la question du mouvement séparatiste.

La région de Casamance, située à l’extrême sud du Sénégal et presque entièrement séparée du reste du territoire par la Gambie, est le théâtre d’un conflit armé depuis plus de quatre décennies. Le mouvement indépendantiste du Mouvement des forces démocratiques de Casamance mène une insurrection contre l’État sénégalais depuis les manifestations de décembre 1982. Ce conflit, l’un des plus anciens d’Afrique, a causé des milliers de morts et profondément affecté l’économie locale.

Les autorités sénégalaises accusent régulièrement certaines factions du mouvement rebelle de financer leurs activités grâce à des trafics illicites, notamment de bois et de cannabis. Les zones forestières proches des frontières avec la Gambie et la Guinée-Bissau servent souvent de refuges aux groupes armés et facilitent leurs déplacements.

Dans le cas de l’opération de Kadialock, l’armée explique que l’objectif était d’éradiquer des plantations de cannabis considérées comme une source de financement pour les groupes armés actifs dans la région. Les forces armées ont affirmé qu’elles poursuivraient leurs opérations afin de « combattre la culture du cannabis, traquer tous les groupes armés et assurer la sécurité des populations locales et de leurs biens ».

Cet incident intervient pourtant dans un contexte marqué par des efforts de pacification. En février dernier, des représentants de l’État sénégalais et des factions séparatistes ont signé un accord de paix après leurs premières discussions publiques depuis la mise en place du nouveau gouvernement. Cet accord avait nourri l’espoir d’une stabilisation durable de la région.

Mais l’affrontement meurtrier de cette semaine montre que la situation reste volatile. La présence de groupes armés, l’économie clandestine liée à l’exploitation forestière et au trafic de drogue, ainsi que la porosité des frontières continuent de constituer des défis majeurs pour les autorités.

Depuis plusieurs années, l’armée sénégalaise mène régulièrement des opérations dans les zones forestières de la Casamance pour démanteler les bases rebelles et détruire les cultures illicites. Ces interventions comportent toutefois des risques élevés pour les soldats engagés sur le terrain, en raison de la connaissance du terrain par les groupes armés et de la densité de la forêt.

La mort du soldat Nfally Sonko rappelle le coût humain de ce conflit de basse intensité qui perdure depuis plus de quarante ans. Si la violence a nettement diminué ces dernières années, les incidents sporadiques continuent d’endeuiller les forces de sécurité et les populations civiles.

Dans l’immédiat, l’armée sénégalaise affirme maintenir ses opérations dans la zone afin de sécuriser le secteur et empêcher toute reconstitution de groupes armés ou de réseaux de trafic. Pour les autorités comme pour les habitants de la région, la stabilisation durable de la Casamance demeure un enjeu majeur, mêlant sécurité, développement économique et réconciliation politique.

Sidy Djimby NDAO

2 Commentaires

1 Commentaire

    Répondre

    Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

    Top 10 de l'info

    Haut