Sénégal : Ousmane Sonko dégaine ses « diaspora bonds »

Le Premier ministre sénégalais exhorte la diaspora à investir, par le biais d’un emprunt obligataire de 300 millions de francs CFA. La fibre patriotique suffira-t-elle à réduire la dépendance du pays à l’égard de ses partenaires financiers internationaux ?
L’injonction a des airs de décalogue : « Tu serviras ton pays et permettras aux autorités sénégalaises d’être moins dépendantes des financements extérieurs ». Sur le ton solennel d’un prédicateur énonçant les dix commandements de la Bible, le Premier ministre, Ousmane Sonko, s’est adressé à quelques milliers de Sénégalais d’Italie réunis dans un stade de Milan, le 13 septembre. Il les a incités à investir au Sénégal de manière patriotique, par le biais d’un nouvel emprunt obligataire (le troisième de l’année), sur le modèle des diaspora bonds indiens des années 1990 et 2000.
Lancée le 18 septembre, cette nouvelle vague d’obligations est proposée à 10 000 francs CFA l’unité, à un taux d’intérêt oscillant entre 6,40 % et 6,95 %, pour un montant total de 300 millions de F CFA (environ 458 000 euros). Qualifiés de « titres patriotes et citoyens », ces instruments financiers comportent un volet spécifiquement consacré à la diaspora. Si le gouvernement sénégalais juge l’expérience concluante, d’autres levées de fonds pourront être envisagées.
Sonko et son opération séduction
Le discours qu’Ousmane Sonko a adressé à ses compatriotes de l’étranger repose sur un constat : leur pouvoir d’achat est, souvent, « supérieur à celui des Sénégalais restés au pays ». Certes, les 700 000 membres de la diaspora envoient déjà beaucoup d’argent dans leur patrie d’origine. D’après les données de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), les Sénégalais de l’étranger transféreraient près de 1 000 milliards de francs CFA chaque année, ce qui équivalait à près de 12 % du PIB du pays en 2023. Mais cette manne était essentiellement destinée à la consommation et à couvrir les besoins sociaux – santé et éducation – des familles restées sur place.
L’opération séduction du Premier ministre consiste donc à transformer les contributeurs installés au Sénégal en investisseurs, et à capter les sommes nécessaires à la mise en œuvre du plan de redressement économique et social qu’il a présenté le 1er août dernier.
Car ce plan, censé marquer un tournant dans la conquête d’une nouvelle souveraineté, se doit, selon les autorités, d’être financé à 90 % par des ressources nationales, ce qui limiterait l’endettement public, notamment à l’égard des institutions internationales. Il en va de la crédibilité du discours de rupture aux relents panafricanistes du duo que forment le Premier ministre et le président, Bassirou Diomaye Faye.
Toutes ces opérations visent à rétablir une confiance mise à mal, selon les actuelles autorités, par les gouvernements précédents, accusés d’avoir dissimulé une partie de la dette, notamment celle contractée entre 2019 et 2023. Le déficit budgétaire du Sénégal s’élèverait à 14 %, et la dette publique représenterait 119 % du PIB. De quoi inspirer une certaine méfiance aux marchés financiers et aux partenaires étrangers, avec, pour conséquence, des taux d’emprunt relativement élevés.
Damien Glez
Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.
JeuneAfrique











