[Tribune] Macky Sall à l’Onu – Diomaye – Sonko : Pouvoir, mémoire et exigence morale – Par Sidy Djimby NDAO
![[Tribune] Macky Sall à l'Onu - Diomaye - Sonko : Pouvoir, mémoire et exigence morale - Par Sidy Djimby NDAO Macky Sall - Feu le juge Keba Mbaye - Bassirou Diomaye Faye - Ousmane Sonko](https://klinfos.com/wp-content/uploads/2026/02/Macky-Sall-Feu-le-juge-Keba-Mbaye-Bassirou-Diomaye-Faye-Ousmane-Sonko.jpeg)
« Que ceux qui détiennent une parcelle de pouvoir et en abusent, ou qui se sont enrichis en foulant aux pieds les règles d’éthique se le disent bien ; ils n’inspirent aucun respect aux autres Sénégalais. Or le respect de ses concitoyens est le bien le plus précieux du monde. C’est le seul qu’il faut désirer, qu’il faut rechercher. C’est le seul qui est admiré. Le respect dû au pouvoir ou à l’argent, s’il a un autre nom, s’il s’appelle crainte ou courtisanerie, c’est que les paramètres éthiques qui les régissent se sont déréglés. Or, la crainte et la courtisanerie sont détestables parce qu’elles avilissent celui qui les inspire comme celui qui en est la proie. Elles ne durent que le temps que dure la force ou la fortune qui les motivent, c’est-à-dire peu ; et elles s’effacent avec la perte du pouvoir ou de l’argent. »
Ces mots ne sont pas d’hier. Ils ont été prononcés le 14 décembre 2005, à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, par le juge Kéba Mbaye, dans sa leçon inaugurale. Plus de vingt ans plus tard, ils résonnent avec une force troublante dans le débat public sénégalais.
Ils disent tout. Ils disent l’essentiel. Ils disent ce que le pouvoir oublie trop souvent : qu’il n’a de valeur que s’il inspire le respect, et que le respect ne se décrète pas.
Le nom de Macky Sall circule avec insistance dans les cercles diplomatiques comme potentiel successeur de António Guterres à la tête de l’Organisation des Nations unies. L’hypothèse séduit certains. Un ancien président sénégalais à la direction de l’organisation suprême au monde serait un symbole fort pour le pays et pour l’Afrique.
Mais la grandeur internationale ne peut s’édifier sur une mémoire nationale fracturée.
Sous son magistère, le Sénégal a connu des épisodes de violences politiques qui ont profondément marqué la conscience collective. Des dizaines de morts lors de manifestations. Des tensions exacerbées. Des blessures toujours ouvertes. À cela s’ajoutent des accusations persistantes de dérives financières, des affaires non élucidées, des soupçons qui continuent d’empoisonner le débat public.
Peut-on prétendre incarner l’autorité morale mondiale lorsque, chez soi, le respect demeure contesté ?
Le juge Kéba Mbaye établissait une distinction fondamentale : le respect n’est pas la crainte. Il n’est pas la courtisanerie. Il n’est pas l’obéissance arrachée par la force ou achetée par les privilèges.
Or, à plusieurs moments, le pouvoir sous Macky Sall a donné le sentiment de rechercher l’obéissance plus que l’adhésion. L’épisode des déclarations sur les vaccins durant la pandémie de COVID-19 , affirmant que les doses pourraient être réattribuées à d’autres pays si les Sénégalais refusaient de se faire vacciner, avait choqué. Même si l’intention pouvait être incitative, le ton traduisait une verticalité brutale.
Plus encore, le long silence entretenu autour d’un éventuel troisième mandat a alimenté la méfiance et exacerbé les tensions. Gouverner, ce n’est pas maintenir un peuple dans l’incertitude stratégique pour tester les rapports de force. Gouverner, c’est rassurer.
Le respect se construit dans la clarté, la retenue et la responsabilité.
Leçon essentielle : l’après-présidence se prépare pendant la présidence.
Un chef d’État qui aspire à une stature internationale doit penser à la trace qu’il laissera. L’histoire est moins sensible aux performances macroéconomiques qu’à la qualité morale de l’exercice du pouvoir. Les chiffres s’oublient. Les morts, non.
La fonction de Secrétaire général des Nations unies exige plus qu’une expérience étatique. Elle requiert une crédibilité éthique. Une capacité à parler de paix sans que son propre passé ne soit invoqué comme contre-exemple.
L’ambition n’est pas condamnable. Elle est humaine. Mais elle doit s’appuyer sur une cohérence.
Les paroles de Kéba Mbaye ne s’adressaient pas à un homme, mais à tous ceux qui détiennent une parcelle de pouvoir. Elles valent pour hier. Elles valent pour aujourd’hui.
Le pouvoir est désormais exercé par Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko. L’espoir suscité par l’alternance ne constitue pas un blanc-seing.
La mort du jeune étudiant Abdoulaye Ba à l’Université de Dakar a ravivé une inquiétude : celle de voir se reproduire les mêmes réflexes, la même tentation de la fermeté spectaculaire, la même arrogance face aux citoyens.
Le respect ne s’impose pas par la posture. Il se mérite par la constance, la justice et l’humilité.
La fortune s’évapore. Le pouvoir s’achève. Les titres se transmettent. Ce qui demeure, c’est l’image laissée dans la conscience des concitoyens.
La crainte disparaît avec la perte de la force. La courtisanerie s’évanouit avec la fin des privilèges. Mais le respect, le vrai, survit au temps, aux alternances et aux ambitions déçues.
À ceux qui gouvernent ou qui aspirent à gouverner le monde, la leçon du juge Kéba Mbaye reste d’une actualité brûlante : le seul bien qu’il faille désirer n’est ni la puissance, ni la reconnaissance internationale, ni les honneurs. C’est le respect de son peuple.
Sans lui, aucune ambition ne tient. Avec lui, nul titre n’est nécessaire.
Sidy Djimby NDAO











